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mercredi 7 mars 2012

L'usage de psaumes et de versets choisis par Père Placide

"Pour être fructueuse la récitation suivie du Psautier présuppose une connaissance approfondie de l'Écriture qui a toujours été l'apanage des moines et des chrétiens plus fervents et plus formés. 
C'est pourquoi, dans la liturgie des églises séculières, on recourait plus volontiers à des psaumes choisis en fonction de l'heure – par exemple les psaumes 148, 149 et 150 à l'office du matin, le psaume 140 à celui du soir, le psaume 50 en maintes circonstances – ou des fêtes liturgiques. 
De même, dans la prière personnelle, il est possible de recourir à des psaumes variés, en fonction des besoins du moment : saint Athanase, dans sa lettre à Marcellin [...], dresse un long catalogue des psaumes, classés par sujets.
Une autre manière encore d'utiliser les psaumes est d'employer des versets isolés ou des groupes de versets, également en fonction de nécessités précises. C'est le cas, dans les livres liturgiques, des versets, des répons, des prokimena qui jalonnent les offices. 
Dans la prière personnelle, le choix des versets sera commandé par les besoins de l'âme, la nature des tentations à vaincre ou des sentiments à exprimer.  [...] La Vie de saint Antoine nous donne un exemple en quelque sorte archétypique de cet usage des psaumes : Antoine oppose à la tentation les versets du psaume 67 que la tradition liturgique a liés indissolublement à la célébration pascale de la victoire du Christ : « Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dispersés, et que ceux qui le haïssent fuient devant sa face. » Manière significative de suggérer que dans l'ascète, c'est le Christ qui revit son triomphe sur Satan. L'antirrhétique d'Évagre le Pontique – dont le choix s'étend d'ailleurs à des versets de toute l'Écriture – est l'exemple le plus systématique de cet usage dont les Vies des saints offrent d'innombrables témoignages."
Geronda Placide Deseille
(extrait de l’introduction aux Psaumes Prières de l’Église 1979)

samedi 27 août 2011

La "Phase active" de la prière par Père Placide Deseille

« Dans cette phase, nous devons faire un effort conscient et souvent ardu pour prier. Selon la Tradition orthodoxe - et c'est là un point où elle diverge de la tradition catholique romaine telle que celle-ci s'est développée surtout depuis la fin du Moyen Âge et le XVIe siècle - cette phase active de la vie de prière est caractérisée non par ce qu'on appelle en Occident l'oraison discursive ou « méditation », mais par la prière vocale. La forme normale de prière, tant que celle-ci ne jaillit pas spontanément du cœur sous la motion intime du Saint-Esprit, sera la prière vocale, mais attentive. Ceci est extrêmement important: selon une expression sans cesse reprise par les auteurs orthodoxes, et qui remonte à saint Jean Climaque : « Il faut enfermer l'intellect dans les mots. » Dans un ouvrage sur le monachisme russe, le père Victor Arminjon résume ainsi l'enseignement d'un grand spirituel russe du XIXe siècle, le saint évêque Ignace Briantchaninov : « Il se montre tout à fait sceptique à l'égard d'une soi-disant prière personnelle qui trouverait son aliment dans l'imagination, l'amour-propre mal camouflé, la sensibilité insuffisamment contrôlée. Au moine rentré dans sa cellule, après avoir exercé consciemment sa fonction de prière publique et officielle [offices chantés et récités au chœur pendant de longues heures, sans interruption], il propose un autre office de prières individuelles, à réciter tout seul. Il insiste pour qu'on y soit fidèle. Il affirme que la répétition de prières traditionnelles, élaborées par des maîtres avertis, nourris et abreuvés aux meilleures sources scripturaires et patristiques - les meilleures sources étant les Pères de l'Église et l'Écriture sainte - a bien plus d'importance et de valeur que tout ce que l'on pourrait inventer de soi-même. Ces prières "de règle" en même temps que "privées", bien rodées par les moines au cours des siècles, offrent une richesse d'expression et un rythme poétique « qui n'interdisent pas un légitime agrément pour celui qui les récite ». Cette "règle de prière" est donnée au moine par son père spirituel, qui l'adapte en fonction de l'état spirituel et des besoins de chacun.»
Geronda Placide Deseille
 (in Propos d'un moine orthodoxe Le Thielleux 2010)

mercredi 10 novembre 2010

De la psalmodie à la prière pure par Geronda Placide Deseille

Geronda Placide Deseille
a fait une traduction incontournable des Psaumes qui est une merveille de spiritualité, de fidélité à la Tradition et de langue française. C'est La version de référence. Mais en outre, l'avantage de cette version est qu'elle contient une introduction savante de Père Placide aux Saintes Écritures comme à l'usage de celles-ci qui est un guide sûr pour un chrétien orthodoxe soucieux de suivre la Tradition de l'Église et de progresser dans la prière.
Voici un extrait de cette introduction de ce psautier qu'il vous faut absolument acquérir si vous ne l'avez déjà.

"Les Psaumes et la la prière monologique

Au sein de l'Orthodoxie, des traditions spirituelles diverses pour­ront mettre l'accent tantôt sur la psalmodie, tantôt sur la prière monologi­que, dont la Prière de Jésus est devenue peu à peu la formule privilé­giée. Sans préjudice de cette légitime diversité, le conseil de saint Jean de Gaza demeurera la règle d'or en la matière: «Est-il bon de s'adonner au « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi », ou bien vaut-il mieux dire par cœur des passages de la Sainte Ecriture et réciter des Psaumes? - Il faut faire les deux, un peu de l'un et un peu de l'autre. Car il est écrit : « Il fallait faire ceci sans omettre cela». (Mt, 23,23).

Les Psaumes et la théoria

De par son caractère discursif, la psalmodie ressortit à la praxis, à la phase active de la vie spirituelle. «Nous qui sommes imparfaits, dit saint Jean Climaque, nous avons besoin non seulement de la qualité, mais de l'abondance quantitative des mots pour notre prière; en effet, cette dernière procure la première. Il est dit en effet : Il donne une prière pure à celui qui prie assidûment, même si sa prière est entachée de divagations et pénible.» C'est cette prière persévérante, dont la qualité viendra seu­lement de l'effort incessant, sans cesse mis en échec et sans cesse repris, que nous faisons pour être attentifs aux mots que nous prononçons, pour y « enfermer notre pensée », qui nous acheminera, s'il plaît à Dieu, vers la «prière véritable» que l'Esprit-Saint lui-même fait sourdre dans nos cœurs. Alors - mais alors seulement - vaudra le conseil de saint Grégoire le Sinaïte: « Quand tu vois la prière opérer et s'exercer dans ton cœur sans s'arrêter, ne l'arrête pas ni ne te lève pour psalmodier, à moins que, par une disposition divine, elle ne te quitte la première. Car ce serait quitter Dieu au dedans pour lui parler au dehors et se détourner des hauteurs vers la terre ...» "

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