jeudi 10 août 2017

St Basile Le Grand : comment toujours rendre grâce [4]

LES LARMES ET LA JOIE

Mais le même Apôtre nous engage à pleurer ceux qui pleurent (Ro 12, 15). Écrivant aux Galates, il pleurait sur les ennemis de la croix du Christ (Ph 3, 18). Qu’est-il besoin de citer Jérémie, qui a tant pleuré ; Ézéchiel, qui, par l’ordre de Dieu, écrit les lamentations des princes (Éz 2, 9 - 7, 27), et beaucoup d’autres saints qui versent des larmes ? Hélas ! ma mère, pourquoi m’avez-vous mis au monde ? (Jr 15, 10) Hélas ! on ne trouve plus de saint sur la terre ; parmi les hommes on n’en trouve plus aucun qui agisse avec droiture. Hélas ! je suis comme un homme qui dans la moisson ne recueille qu’une vile paille (Mi 7, 1-2). En un mot, examinez les paroles des justes ; et si vous trouvez que partout ils font entendre une voix triste, vous serez convaincu que tous déplorent les misères de ce monde, et les maux de cette vie malheureuse. Hélas ! dit saint Paul avec David, pourquoi mon pèlerinage a-t-il été prolongé (Ps 119, 5) ? Il désire d’être dégagé des liens du corps et de vivre avec Jésus-Christ (Phi 1, 23) : il s’afflige donc de la durée de son pèlerinage comme étant un obstacle à la joie éternelle qu’il attend. David, dans ses cantiques, nous a laissé une lamentation sur la mort de son ami Jonathan. Il a pleuré même son ennemi. Votre mort me pénètre de douleur, ô mon frère Jonathan ! Filles d’Israël, pleurez sur Saül (2 R 1, 24.26). Il pleure ce prince comme étant mort dans le péché, et Jonathan comme lui ayant été uni étroitement durant toute sa vie. Qu’est-il nécessaire de rapporter d’autres exemples ? Le Seigneur lui-même a pleuré sur Lazare et sur Jérusalem (Jn 11, 35 ; Lc 19, 41) : il trouve heureux ceux qui s’affligent et qui pleurent (Mt 5, 5 ; Lc 6, 21). Or, dira-t-on, comment ces exemples s’accordent-ils avec le précepte de l’Apôtre : Réjouissez-vous toujours ? Les larmes et la joie ne viennent pas du même principe. Les larmes sont causées par l’impression d’un accident imprévu : c’est comme un coup qui frappe l’âme, qui la resserre, qui fait que le sang se rassemble et se presse dans le cœur. La joie est un transport de l’âme qui est agréablement flattée par quelque événement heureux. Le corps offre différents symptômes de la joie et de la tristesse. Un chagrin violent fait pâlir le visage, le rend livide et le refroidit. Dans la joie, il devient brillant, il se peint d’une couleur vermeille ; on dirait que l’âme veut s’échapper, et que le plaisir qu’elle éprouve se répand au-dehors.

mardi 8 août 2017

St Basile Le Grand : comment toujours rendre grâce [3]

"Ceux donc qui n’entrent pas dans les sentiments de l’Apôtre, qui ne comprennent pas qu’il nous exhorte à mener une vie évangélique, ont la hardiesse de lui faire des reproches, comme s’il nous ordonnait des choses impossibles. Qu’ils sachent que, par la bonté de Dieu, nous avons mille sujets de nous réjouir. Nous sommes passés du néant à l’existence ; nous avons été faits à l’image du Créateur ; nous avons reçu l’esprit et la raison, qualités qui sont la perfection de l’homme et qui l’élèvent à la connaissance du Très-Haut. Les beautés des créatures visibles sont comme un livre ouvert à nos yeux, dans lequel nous pouvons lire et apprendre la providence universelle et la grande sagesse du Dieu au-dessus de tout. Nous avons la faculté de discerner le bien d’avec le mal, instruits par la nature même à choisir ce qui nous est convenable, et à fuir ce qui nous est nuisible. Éloignés de Dieu par le péché, nous avons été réconciliés par le sang de son Fils unique, qui nous a délivrés d’une honteuse servitude. Nous avons l’espérance de ressusciter un jour, de participer au bonheur des anges, au royaume céleste, aux biens que Dieu nous a promis, qui surpassent tout ce que la raison peut imaginer. Tous ces avantages ne sont-ils pas de nature à nous combler de joie et à nous causer une satisfaction inaltérable ? Croirons-nous que celui qui se livre aux plaisirs de la bonne chère, dont les oreilles sont flattées par les sons de la musique, qui se couche et s’endort dans un lit délicat, goûte vraiment un contentement ? Pour moi, je pense que les personnes sensées doivent déplorer le malheur d’un tel homme, et que ceux-là seulement sont heureux qui supportent les peines de la vie présente dans l’espoir d’une vie future, qui sacrifient les choses passagères pour mériter les éternelles. Quand ils seraient au milieu des flammes comme les trois enfants de Babylone, quand ils seraient enfermés avec des lions, quand ils seraient dévorés par une baleine, pourvu qu’ils soient étroitement avec Dieu, nous devons croire qu’ils jouissent d’un parfait bonheur et qu’ils vivent dans la joie, peu touchés des maux présents, réjouis par l’espérance des biens qu’ils attendent. Un généreux athlète, une fois entré dans l’arène de la piété, doit supporter avec courage les coups de ses adversaires, animés par l’espoir d’une couronne glorieuse. Dans les combats gymniques, les athlètes accoutumés à de pénibles exercices ne sont pas effrayés des blessures qu’ils peuvent recevoir, mais ils attaquent de près leurs antagonistes, et ne comptent pour rien toutes les peines qu’ils endurent par le désir d’une proclamation honorable. Ainsi, quelque malheur qui arrive à l’homme vertueux, il ne peut troubler la joie qu’il goûte, parce que, sans doute, l’affliction produit la patience, la patience l’épreuve, l’épreuve l’espérance, et que cette espérance n’est point trompeuse (Ro 5, 3). Aussi le même saint Paul nous exhorte-t-il ailleurs à être patients dans les afflictions, et à nous réjouir dans l’espérance (Ro 12, 12). Or c’est l’espérance qui rend la joie éternelle compagne de la vertu." à suivre
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dimanche 6 août 2017

St Basile Le Grand : comment toujours rendre grâce [2]

"Que dirons-nous à cela ? Sans doute saint Paul a-t-il d’autres objets en vue, lorsqu’il s’efforce d’élever en haut et de porter à la contemplation des choses célestes nos âmes qui rampent sur la terre ; des hommes qui ne peuvent atteindre les hautes pensées du législateur, qui, semblables à des animaux vivant dans la boue, se plongent dans des passions charnelles et terrestres, demandent si les préceptes de l’Apôtre sont possibles. Saint Paul demande de se réjouir toujours, non à des hommes ordinaires, mais à ceux qui lui ressemblent, à ceux qui ne vivent plus dans leur chair, mais qui ont Jésus-Christ vivant en eux, parce que l’union étroite avec le souverain bien ne permet pas de sentir les maux qui affligent la chair. Oui, quand bien même la chair serait coupée en morceaux, le mal reste dans le corps, sans pouvoir arriver jusqu’à la partie intelligente de l’âme. Si, suivant le précepte de l’Apôtre, nous avons mortifié nos membres terrestres (Col 3, 5), si nous portons dans nos corps la mortification du Seigneur Jésus (2 Co 4, 10), il arrivera nécessairement que les coups portés à un corps mortifié ne parviendront pas jusqu’à l’âme qui n’aura plu avec le corps aucune communication. Les affronts, les pertes de biens, les morts des proches, n’iront pas jusqu’à l’âme, et ne l’abaisseront pas à s’inquiéter des maux corporels. Si ceux qui tombent dans des malheurs pensent comme l’homme parfait, ils ne lui causeront point de peine par leurs chagrins, puisqu’eux-mêmes supportent sans peine ce qui leur arrive. S’ils vivent suivant la chair, ils ne lui causeront pas encore de peine, mais ils seront jugés par lui dignes de pitié, moins à cause des disgrâces qu’ils éprouvent, qu’à cause de leur mauvaise disposition. En général, une âme parfaitement soumise aux volontés du Créateur, qui met son plaisir à contempler les beautés célestes, ne perdra point sa joie et son contentement au milieu de toute cette foule de maux qui affligent la chair ; mais ce qui est pour les autres un sujet de tristesse, sera pour elle un surcroît de satisfaction. Tel était l’Apôtre, qui se complaisait dans ses faiblesses, dans ses afflictions, dans ses persécutions, qui se glorifiait de sa pauvreté et de ses besoins. Il s’applaudissait de la faim, de la soif, du froid, de la nudité, des détresses, enfin de tous les maux qui rendent les autres insupportables à eux-mêmes et leur font trouver la vie ennuyeuse." (à suivre)

mardi 13 juin 2017

St Basile Le Grand : comment toujours rendre grâce [1]

"Réjouissez-vous toujours, priez sans cesse, rendez grâces à Dieu en toutes choses"  St Apôtre Paul (1 Th 5, 16)

"Quelle est cette vertu, disent-ils, de livrer son âme jour et nuit à la joie et au contentement ? Est-il possible d’ailleurs d’y parvenir au milieu de cette foule de maux imprévus dont nous sommes sans cesse assaillis, qui attristent nécessairement l’âme, et qui font qu’il est plus impossible d’être joyeux et satisfait, que de ne pas sentir de douleur lorsqu’on est plongé dans une chaudière bouillante, ou qu’on est percé de la pointe d’une épée. Parmi ceux qui nous écoutent maintenant, il est peut-être quelqu’un qui déraisonne de la sorte, et qui, pour excuser sa lâcheté à observer les préceptes, reproche au législateur qu’il ordonne des choses impossibles. Puis-je, dit-il, goûter une joie perpétuelle, lorsque les sujets de me réjouir ne dépendent pas de moi ? Ce qui cause de la joie est hors de nous et ne dépend pas de nous ; la présence d’un ami, un long commerce avec ceux de qui nous tenons le jour, des richesses qu’on acquiert, des honneurs qu’on reçoit, le passage d’une maladie dangereuse à la santé, une maison qui regorge de biens, une table chargée de mets délicats, des amis qui partagent notre satisfaction, des paroles et des spectacles agréables, la santé des personnes qui nous touchent le plus près, en un mot, toutes les prospérités et tous les honneurs de la vie. Non seulement les choses fâcheuses qui nous arrivent à nous-mêmes nous chagrinent, nous sentons encore les disgrâces de nos amis et de nos proches. Ainsi la joie et le contentement de l’âme résultent du concours de tous ces objets. Outre cela, si nous voyons la chute de nos ennemis, des accidents arrivés à ceux qui nous ont fait du mal, les succès de ceux qui nous ont obligés, enfin si nous n’éprouvons ni ne craignons aucun des maux qui troublent notre vie, c’est alors que notre âme pourra être dans la joie. Comment donc nous donne-t-on un précepte qui ne dépend pas de nous, mais de causes étrangères ? Comment aussi prierai-je sans cesse, lorsque les nécessités corporelles cause à l’âme une infinité de distractions, et l’occupent tellement qu’il lui est impossible, vu les bornes de sa nature, de se livrer à d’autres soins ? Il m’est encore ordonné de rendre grâce à Dieu en toutes choses. Lui rendrai-je donc grâce étant mis à la torture, déchiré de coups de fouet, étendu sur la roue, attaché au chevalet, les yeux arrachés, diffamé par un ennemi, mourant de froid et de faim, privé tout à coup de mes enfants ou de ma femme, ruiné subitement par un naufrage, tombé entre les mains des voleurs ou des pirates, couvert de blessures, noirci de calomnies, menant une vie errante ou languissant dans une prison ? Voilà, sans parler de beaucoup d’autres, les reproches qu’on fait au législateur ; voilà comment on croit excuser ses fautes, en décriant les préceptes comme impossibles." in Homélies, discours et lettres choisis de saint Basile le Grand, traduits par M. l’Abbé Auger, Guyot, Lyon 1927 (à suivre)

samedi 1 avril 2017

Bienheureuse sainte Marie, guide pour les pécheurs


L es convoitises de l'âme et les passions de la chair, tu les as tranchées par le glaive de la retenue ; les reproches des pensées, sous le silence de l'ascèse ; par les flot de tes larmes, tu as arrosé tout le désert, et tu nous as donné les fruits du repentir c'est pourquoi ô Sainte, nous célébrons ta mémoire.

SAINTE MARIE L'ÉGYPTIENNE, BIENHEUREUSE, DÉIFIÉE PAR TES ACTES, MAINTENANT TE TENANT CONSTAMMENT PRÈS DU CHRIST, 
PRIE-LE DE SAUVER NOS ÂMES

lundi 26 décembre 2016

Prière improvisée et prière confessionnelle par l'Ancien Ephrem de Katounakia [3]



Les prières improvisées sont utiles, surtout pour les débutants et les progressants. Nous commençons notre prière par une confession, comme si nous nous adressions personnellement à quelqu’un que nous rencontrons. Nous demandons d’abord pardon pour nos fautes, puis nous prions le Seigneur qu’Ils nous apprenne à faire sa volonté, à éviter les tentations, à nous libérer de nos passions et qu’Il nous accorde ce qui favorisera un vrai repentir. David disait : «Fais-moi connaître la voie où je dois marcher car vers toi j’ai élevé mon âme » (Ps. 142)

Cette manière de faire, que nous appelons «confessionnelle » est très bénéfique. En effet, le blâme de nous-mêmes, par lequel nous confessons continuellement nos multiples fautes, engendre l’humilité, qui est le siège de la divine grâce. «Dieu donne la grâce aux humbles» (Jacques 4,6), « J’ai été humilié, et il m’a délivré » (Psaume 114,6). Lorsque nous utilisons cette façon de faire pour mobiliser l’énergie de la grâce, celle-ci s’unit à notre intellect. Chaque souvenir de notre très doux Sauveur devient alors une source de joie et de paix, alors que la perception de ce monde et des choses sensibles nous semble odieuse et épuisante. «Je me suis souvenu de Dieu et j’ai été dans la joie.» (Psaume 76,4). Ainsi s’accomplit en vérité la parole de Saint Grégoire le théologien : «Il faut rappeler à notre esprit la pensée de Dieu plus souvent qu’on  ne respire.» 

Il n’est pas possible de décrire ce qui concerne la prière, on ne peut qu’en faire l’expérience et seuls ceux qui font cette expérience connaissent l'indicible sublimité de la prière.

(extrait de L'Ancien Ephrem, le disciple rempli de charismes par l'Ancien Joseph de Vatopaidi)

mercredi 21 décembre 2016

"Quand l’intellect ne se sent pas poussé à la prière" par le Bienheureux Ancien Ephrem de Katounakia [2]



L’intellect, instable et entraîné au mal par la dissipation et la curiosité, n’aime pas les restrictions ni le confinement en « prison ». Jusqu’à ce que la grâce lui ouvre la porte de la sensation de Dieu. Dès que cela se produit, l’intellect ne veut plus s’arracher à la douceur de l’union à Dieu, là où se trouvent la nourriture et la jouissance des anges, la gloire et la joie des justes et l’avant-goût de la vie éternelle. 

Lorsque l’âme n’est pas bien disposée et s’assoupit, et que, par conséquent, l’intellect ne se sent pas poussé à la prière, nous devons trouver des moyens de la stimuler, comme lorsqu’on présente un plat savoureux à quelqu’un qui n’a pas d’appétit. Il n’est pas étonnant que ceux « dont le cœur a de mauvais desseins » (Gn. 8,21), ceux qui se laissent entraîner par des influences diverses, manquent d’ardeur pour la prière. À ces moments-là, il nous faut nous stimuler nous-mêmes par des pensées et des contemplations appropriées. Tournons notre intellect vers les souffrances du Christ, en nous représentant par la pensée l’image de la crucifixion ; songeons aux différents témoignages des millions de héros de notre foi ; considérons la signification de notre divine destinée, nous qui possédons l’image et la ressemblance de notre Créateur. Toutes ces choses-là réveillent le sens du devoir dans notre intellect endormi, particulièrement si nous y associons le blâme de nous-mêmes, qui a le pouvoir de secouer notre engourdissement. 

« Quand je me trouve dans un état aussi funeste et misérable bien vu nous disait le bien heureux Ancien, je m’imagine me trouvant devant le redoutable tribunal lors du second avènement du Christ. Je vois le Seigneur, après son jugement, emmenant avec lui les siens et s’en allant dans le Royaume éternel. Moi, il m’a exclu et je sens qu’il n’y a plus pour moi le moindre espoir de le revoir ou d’obtenir miséricorde, alors je me mets à crier et à verser des larmes innombrables. » 

Mais ces images, figures et pensées que nous mobilisons au début pour pousser notre intellect à la prière, nous devons les abandonner complètement dès que la prière commence à agir, sans quoi elles nous distrairaient. À l’heure de la prière, il n’est besoin d’aucune figure, image ou représentation. L’intellect, libre de toute couleur et figure, n’est mû que par sa seule inclination vers Dieu et va là où la grâce le pousse. La première sensation qui naît de la prière est la joie, puis viennent toutes les autres comme Saint-Paul nous le décrit (voir Gal. 5,22).
(extrait de L'Ancien Ephrem, le disciple rempli de charismes par l'Ancien Joseph de Vatopaidi)