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mercredi 28 septembre 2011

Le sens de la prière "Kyrie eleison"


"Le mot français miséricorde est la traduction du mot grec eleos. Ce mot a la même racine ultime que l'ancien mot grec pour huile, ou plus précisément, l'huile d'olive, une substance qui était largement utilisée comme agent apaisant pour des contusions et des blessures mineures. L'huile était versée sur la meurtrissure et servait à masser doucement, apaisant et adoucissant ainsi toute la partie lésée. Le mot hébreu qui est aussi traduit par eleos et miséricorde est hesed, il signifie un amour indéfectible. Les mots grecs pour «Seigneur, aie pitié» ou «Seigneur, miséricorde » sont «Kyrie eleison» c'est-à-dire: «Seigneur, calme-moi, réconforte-moi, chasse ma douleur, montre-moi ton amour.» Ainsi la miséricorde ne se réfère pas tant à la justice ou à l'acquittement comme c’est le cas dans une interprétation [pénitentielle] très occidentale, mais à l'infinie bonté de Dieu, et à sa compassion pour la souffrance de ses enfants! C'est dans ce sens que nous disons cette prière « Seigneur, aie pitié », « Seigneur, miséricorde » avec une grande fréquence tout au long de la Divine Liturgie. "  Père Anthony M. Coniaris (Version française par Maxime le minime) 

dimanche 8 mai 2011

Courtes prières, convictions simples et foi forte dans l'Orthodoxie


Notre prière orthodoxe,  dans nos offices comme dans notre prière privée, se nourrit des textes mêmes de la Bible, elle y puise ses mots, son inspiration, sa vie même, ceci à travers une tradition toujours maintenue et vivante. 
Le paradoxe de notre bien aimée Orthodoxie est d'avoir des offices longs et complexes dans leur composition, à la poétique et à la rhétorique sophistiquées et d'offrir en même temps des  prières simples avec une seule parole, comme Kyrie Eleïson ! Κύριε έλέησον , Господи помилуи, Seigneur Miséricorde !

Ce n'est pas pour autant que l'on puisse considérer nos prières monologiques comme des mantras car notre posture par rapport au divin n'est pas celle de la recherche d'une dissolution d'un moi illusoire, produit de notre mental ignorant, par la répétition d'une formule hypnotique. 

Notre posture se situe plutôt dans la tension que nous maintenons du sentiment de responsabilité personnelle par rapport au cosmos et au monde invisible  et donc de notre capacité de nuisance toujours possible – posture que nous maintenons le plus possible à chaque moment de notre vie jusqu'au moment de notre mort – tout en nous abandonnant à la miséricorde inépuisable d'un Dieu paternel qui aime tous ceux qui se repentent, dans la certitude de notre possibilité de salut, donc de libération et de réalisation de notre nature profonde, créés que nous avons été "à l'image et à la ressemblance". Là aussi il y a paradoxe puisqu'à la fois nous maintenons une tension en un certain lieu tout en nous abandonnant partout ailleurs, de même que nous n'oublions jamais que nous sommes pécheurs tout en ayant une foi ferme en notre salut.

Ainsi, dans la douleur sous-jacente de la conscience de notre péché toujours misérablement renouvelé, nous n'en sommes pas moins dans la joie du Royaume du Salut et de la Résurrection et tout pécheurs que nous sommes, nous savons que nous pouvons compter sur  l'intercession de pécheurs notables qui nous ont précédé avant d'entrer dans le Royaume :

- l'intercession, le soutien et l'exemple de Saint Thomas qui après avoir douté - et donc perdu la foi - a touché les plaies de notre Seigneur (le veinard !) pour s'exclamer enfin en retrouvant le Salut vivant : "Mon Seigneur et mon Dieu" phrase qui vaut à elle seule tous les offices !

- l'intercession du Bon Larron qui, avec une seule prière, au dernier instant, après une vie de colère, de révolte et de crime, avant de mourir crucifié comme son Seigneur a  crié vers son Seigneur : "Souviens-Toi, de moi, Seigneur, dans ton Royaume" a été sauvé...

- l'intercession de l'Apôtre Paul qui a dépensé tant d'énergie et mis tant de passion à essayer de "persécuter" le Corps du Christ avant d'y adhérer avec la même énergie, la même passion jusqu’à la mort, au point que la foi chrétienne ne serait pas ce qu'elle est sans lui.

- l'intercession des traîtres, des renégats comme Saint Pierre qui ont rejeté l'Agneau, l'innocentissime, le purissime Agneau, ont reçu le pardon prévu de tout éternité par le Tout miséricordieux.

- l'intercession de la pécheresse qui déposa toute sa sensualité aux pieds du Seigneur, en la détournant de sa destination initiale pour l'orienter avec tout son corps même, humblement  –  la partie la plus élevée de son corps vénérant la partie la plus basse de son Seigneur, pour lui consacrer toute son adoration. Pécheresse devenue notre modèle pour rendre avec toute la beauté et la noblesse dont nous, simples mortels imparfaits et éphémères, sommes capables,  un culte digne de ce nom à Notre Dieu.

- l'intercession de tous les pécheurs de l'Evangile, nos frères fortunés qui ont connu le Chemin, la Vérité et la Vie en personne.

Juste quelques convictions...

Seulement cela : même le plus grand des pécheurs est aimé de son Créateur miséricordieux, je l'ai expérimenté, je le sais c'est tout. Pas beaucoup plus à dire...


Une petite anecdote :

Un jour, alors que je sortais d'un cours de grec, à Pigalle (sic!), je suis allé boire un verre avec quelques autres élèves du cours parmi lesquels un dessinateur de dessins animés dont l'amie était grecque. Je lui ai dit que j'étais orthodoxe. Cette jeune femme était grecque, orthodoxe, et pleine de vie. Et elle m'a répondu avec un grand et beau sourire quelque chose du genre " Oh! De toute façon, nous Orthodoxes, nous savons que nous sommes sauvés !" A première vue on pourrait dire "Quelle vanité ! Quelle prétention ! Quel triomphalisme chez ces Orthodoxes !" Pas du tout ou alors Oui ! Cette jeune femme avait raison ! Oui, la vraie foi c'est celle-là, celle de cette jeune femme si vivante : je sais que je suis sauvé, je sais que je suis pécheur par pensée, par parole, par action jusqu'à ma mort, incurablement, mais je sais que l'Orthodoxie nourrit en moi la vraie foi, celle qui sauve, celle qui croit en l'Amour de Dieu pour le pécheur qui se repent.
Maxime le minime

dimanche 10 avril 2011

SEIGNEUR MISÉRICORDE ! traduction de KYRIE ELEISON ?



Dans un forum orthodoxe il y eut naguère un débat sur la traduction en français la plus juste et la plus judicieuse de la prière la plus courte de notre Eglise et que l'on répète le plus souvent parce qu'elle contient en un extraordinaire condensé toute notre relation à Dieu ; il en ressortait que l'expression la plus précise et en même temps la plus riche de sens était "Accorde ta grâce !" le mot grâce signifiant à la fois le don de Notre Père des Cieux de sa grâce qui pardonne à ses enfants pécheurs repentants et le don de notre généreux Créateur, son onction, sa bénédiction, qui divinise le chrétien appelé à retrouver la ressemblance à son image divine native.
Et c'est en effet au point de vue du sens bien plus satisfaisant que le simple "Aie pitié !" qui pour avoir ses vertus, n'en a pas moins eu fâcheusement tendance à restreindre l'image de Dieu à un Juge impitoyable voire sadique ou à un simple charitable bourgeois qui, sortant de son église, le dimanche matin, fait l'aumône convenue à la demande du "handicapé social"...

Mais voilà, autant cette formule est satisfaisante au point de vue théologique et même vient à bon droit dans la prière de Jésus "Seigneur Jésus Christ, [ Fils de Dieu], accorde-moi ta grâce !" se substituer à "aie pitié" autant il est difficile d'en faire une formule courte à réciter en Kyrielles rapides comme ses équivalents grec Κύριε έλέησον ou slavon  Господи помилуй, dans le chant ou la prière.
Il n'est donc pas étonnant pas que l'église latine ne l'ait guère traduit mais plutôt conservé tel quel aussi bien dans les textes liturgiques en latin qu'en langue locale sans le traduire même jusqu’à nos jours, il pourrait donc sembler qu'il ne faut définitivement pas traduire cette prière en français...

Pourtant à bien consulter différents dictionnaires, et particulièrement le Littré, on trouve à l'article miséricorde cette définition bien intéressante :

"miséricorde (latin misericordia), sf. Sentiment par lequel la misère d'autrui touche notre cœur.◊ Au pl. Actes de miséricorde.◊ La grâce, le pardon accordé à ceux qu'on pourrait punir. Obtenir, faire miséricorde. Être, se remettre, s'abandonner à la miséricorde de quelqu'un, être, se remettre, s'abandonner à sa merci, à sa discrétion.◊ Sans miséricorde, sans faire grâce. ◊ La miséricorde de Dieu, bonté par laquelle Dieu fait grâce aux hommes, aux pécheurs. ◊ Miséricorde ! par exclamation marque une extrême surprise accompagnée d'une sorte de chagrin ou de regret. ◊ À l'aide, miséricorde ! Cri poussé quand on est battu, outragé, et qu'on demande du secours.  ◊ Crier miséricorde, crier en se plaignant des grandes douleurs qu'on souffre, ou d'une peine morale, d'une offense; et aussi éprouver une grande surprise etc. ◊ Petit poignard que les anciens chevaliers portaient de l'autre côté de l'épée et qui leur servait à tuer leur ennemi après l'avoir renversé, s'il ne criait pas miséricorde.◊ Support en forme de cul de lampe pratiqué dans une stalle d'église, au-dessous du siège et qui se relève avec lui. ◊ T. de mar. Ancre de miséricorde, la maîtresse ancre, celle que l'on jette dans les dangers extrêmes. ◊ Prov. À tout péché miséricorde, il faut pardonner les fautes, quelque graves qu'elles puissent être."

Alors voilà, tout y est ! 
C'est réjouissant à deux points de vue : d'abord l'on peut constater que la langue française est pétrie de christianisme, n'en déplaise aux acharnés ennemis de notre culture et ensuite il semble que ceux qui ont choisi cette traduction - on la voit d'ailleurs quelquefois dans des versions françaises des textes liturgiques orthodoxes - ont trouvé la formule adéquate. C'est finalement assez facile à réciter rapidement, bien qu'il y ait beaucoup de r dans la formule, la prononciation du  [r] est malgré tout assez douce en français :

Seigneur miséricorde !

Seigneur miséricorde ! Seigneur miséricorde ! Seigneur miséricorde ! 
voir également l'article sur le Kyrie eleison