lundi 27 juin 2011

La vénération des saints dans l’Église orthodoxe

"La vénération des saints occupe une place importante dans l’Église orthodoxe, et implique leur commémoration journalière. Leurs vertus sont célébrées dans les hymnes des «Ménées», qui s’intègrent aux services liturgiques. Le but des «synaxaires» est, d’une manière plus courte que les Vies des saints, de nous faire connaître les grandes étapes de leur existence, les grands traits de leur personnalité, et les actions (intérieures et extérieures) dans lesquelles s’est réalisée ou manifestée leur sainteté. Les «synaxaires» nous permettent d’avoir une connaissance précise et concrète de ceux dont le calendrier liturgique se borne à nous donner les noms, et de préciser certaines généralités ou allusions des chants liturgiques. Ils les situent dans leur contexte historique (car le christianisme s’inscrit toujours dans l’histoire concrète de l’humanité), social et religieux. Ils dessinent leur portait et sont un peu comme des icônes écrites. Leur but n’est pas de nous faire acquérir un savoir abstrait, mais de nous rendre les saints plus familiers, et de compléter, dans une démarche également contemplative et orante, leur célébration hymnographique. Les «synaxaires» sont les héritiers des anciens «martyrologes» que, dans les premiers siècles, on lisait au cours des réunions de la communauté chrétienne (appelées « synaxes »). Au IVe siècle, cette lecture fut remplacée par des hymnes. Mais la crise iconoclaste, où les attaques contre les icônes furent perçues comme une atteinte portée à la vénération des saints, eut pour issue la réhabilitation non seulement des icônes, mais de la lecture des Vies des saints. Les hymnographes du monastère de Stoudion, qui ont donné aux offices orthodoxes la forme qu’ils ont aujourd’hui, laissèrent, après la sixième ode du Canon des matines, une place pour la lecture d’un résumé de la vie du saint du jour, appelé « synaxaire ». "
Extrait de la recension du tome2 du synaxaire par Jean Claude Larchet sur orthodoxie.com

lundi 30 mai 2011

Comment les saints peuvent-ils nous voir et entendre nos besoins et nos prières ?

St Jean de Cronstadt
"Faisons la comparaison suivante: Supposons que vous ayez été transplanté au soleil et uni à lui. Le soleil éclaire la terre entière de ses rayons, il éclaire chaque particule de la terre. Dans ces rayons vous voyez aussi la terre, mais vous êtes si petit par rapport au soleil, que vous constituez, pour ainsi dire, un seul rayon, et il y a un nombre infini de ces rayons. Par son identité avec le soleil ce rayon fait intimement partie de l’illumination du monde entier par le soleil. Il en est ainsi de l'âme sainte qui après avoir été unie à Dieu, comme à son soleil spirituel, voit, par l'intermédiaire de ce soleil spirituel, qui éclaire tout l'univers, tous les hommes et les besoins de ceux qui prient.

Les saints de Dieu vivent même après la mort. Ainsi, j'entends souvent à l'église l’hymne de la Mère de Dieu chantant, dans la maison de sa cousine Elisabeth, après l'Annonciation de l'Archange, son merveilleux Magnificat qui pénètre jusqu’au fond de l’âme. Parfois, j'entends le cantique de Moïse, le cantique de Zacharie, le père du Précurseur, celui d'Hannah, la mère du prophète Samuel, celui des trois enfants dans la fournaise, et celui de Miriam. Et combien de saints chantres du Nouveau Testament ravissent jusqu’à ce jour les oreilles de toute l'Église de Dieu! Et les offices divins eux-mêmes, les mystères et les rites ? De qui l'esprit est-il là, émouvant et touchant nos cœurs? C'est celui de Dieu et de Ses saints.
 Voici une preuve pour vous de l'immortalité de l'âme des hommes. Comment se fait-il que tous ces hommes sont morts, et que pourtant ils guident notre vie après leur mort - ils sont morts et ils parlent encore, nous instruisent et nous touchent ?" 
St Jean de Cronstadt
 (Ma vie en Christ)

mercredi 25 mai 2011

Faites cette demi-heure et vous verrez...

A un laïc qui l'interrogeait sur la prière noétique ("Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi"), Père Ephraïm de Katounakia avait ceci à dire :

« Mettez de côté une demi-heure sur les vingt-quatre pour dire la prière. Chaque fois que vous le pouvez, mais c’est mieux dans la soirée. Dites-la sans l'aide du komboskini - en suppliant, en plaidant, et avec larmes. «Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi." Cultivez cela, et vous en verrez les fruits que cela produit. D’une demi-heure, elle deviendra une heure. Et gardez cette heure. Que le téléphone sonne, que vous ayez une tâche à faire à ce moment-là, que vous soyez somnolent, ou que quelque blasphème se présente à vous. Que rien n’y fasse. Éteignez votre téléphone. Terminez vos tâches. Faites cette demi-heure et vous verrez. Vous avez planté un petit arbre, et le lendemain ou le jour après, elle portera des fruits. Saint Jean Chrysostome et Saint Basile ont tous deux commencé comme cela et sont devenus des luminaires pour le monde entier. Saint Syméon le Nouveau Théologien a eu des expériences de la Lumière incréée alors qu’il était encore laïc. Il était laïc ! Combien de laïcs apparaissent comme extérieurement tels, alors qu’ils sont en fait profondément des moines ! »
Ancien Ephraim de Katounakia
in   L'obéissance c'est la vie de l'Ancien Ephraim de Katounakia, par l'Ancien Joseph de Vatopaidi.

dimanche 15 mai 2011

Mémoire, souvenirs et prière in LEÇONS SUR LA PRIÈRE de notre saint Père Nil l'ascète [10]


"Lorsque les démons te voient plein d'ardeur à prier en vérité, ils te suggèrent des noèmes de choses qui te sont soi-disant nécessaires et avant peu ils en excitent la mémoire, incitant le noûs à leur recherche, et comme celui-ci ne les trouve pas, il se décourage et s'en attriste fort. Mais si tu es resté ferme dans la prière, les démons te remémorent les choses recherchées et dont tu as souvenir, afin que tu sois incité à y penser et cesses la prière féconde."
(in Aux cîmes de l'intelligible éd.Axios)

dimanche 8 mai 2011

Courtes prières, convictions simples et foi forte dans l'Orthodoxie


Notre prière orthodoxe,  dans nos offices comme dans notre prière privée, se nourrit des textes mêmes de la Bible, elle y puise ses mots, son inspiration, sa vie même, ceci à travers une tradition toujours maintenue et vivante. 
Le paradoxe de notre bien aimée Orthodoxie est d'avoir des offices longs et complexes dans leur composition, à la poétique et à la rhétorique sophistiquées et d'offrir en même temps des  prières simples avec une seule parole, comme Kyrie Eleïson ! Κύριε έλέησον , Господи помилуи, Seigneur Miséricorde !

Ce n'est pas pour autant que l'on puisse considérer nos prières monologiques comme des mantras car notre posture par rapport au divin n'est pas celle de la recherche d'une dissolution d'un moi illusoire, produit de notre mental ignorant, par la répétition d'une formule hypnotique. 

Notre posture se situe plutôt dans la tension que nous maintenons du sentiment de responsabilité personnelle par rapport au cosmos et au monde invisible  et donc de notre capacité de nuisance toujours possible  posture que nous maintenons le plus possible à chaque moment de notre vie jusqu'au moment de notre mort  tout en nous abandonnant à la miséricorde inépuisable d'un Dieu paternel qui aime tous ceux qui se repentent, dans la certitude de notre possibilité de salut, donc de libération et de réalisation de notre nature profonde, créés que nous avons été "à l'image et à la ressemblance". Là aussi il y a paradoxe puisqu'à la fois nous maintenons une tension en un certain lieu tout en nous abandonnant partout ailleurs, de même que nous n'oublions jamais que nous sommes pécheurs tout en ayant une foi ferme en notre salut.

Ainsi, dans la douleur sous-jacente de la conscience de notre péché toujours misérablement renouvelé, nous n'en sommes pas moins dans la joie du Royaume du Salut et de la Résurrection et tout pécheurs que nous sommes, nous savons que nous pouvons compter sur  l'intercession de pécheurs notables qui nous ont précédé avant d'entrer dans le Royaume :

- l'intercession, le soutien et l'exemple de Saint Thomas qui après avoir douté - et donc perdu la foi - a touché les plaies de notre Seigneur (le veinard !) pour s'exclamer enfin en retrouvant le Salut vivant : "Mon Seigneur et mon Dieu" phrase qui vaut à elle seule tous les offices !

- l'intercession du Bon Larron qui, avec une seule prière, au dernier instant, après une vie de colère, de révolte et de crime, avant de mourir crucifié comme son Seigneur a  crié vers son Seigneur : "Souviens-Toi, de moi, Seigneur, dans ton Royaume" a été sauvé...

- l'intercession de l'Apôtre Paul qui a dépensé tant d'énergie et mis tant de passion à essayer de "persécuter" le Corps du Christ avant d'y adhérer avec la même énergie, la même passion jusqu’à la mort, au point que la foi chrétienne ne serait pas ce qu'elle est sans lui.

- l'intercession des traîtres, des renégats comme Saint Pierre qui ont rejeté l'Agneau, l'innocentissime, le purissime Agneau, ont reçu le pardon prévu de tout éternité par le Tout miséricordieux.

- l'intercession de la pécheresse qui déposa toute sa sensualité aux pieds du Seigneur, en la détournant de sa destination initiale pour l'orienter avec tout son corps même, humblement    la partie la plus élevée de son corps vénérant la partie la plus basse de son Seigneur, pour lui consacrer toute son adoration. Pécheresse devenue notre modèle pour rendre avec toute la beauté et la noblesse dont nous, simples mortels imparfaits et éphémères, sommes capables,  un culte digne de ce nom à Notre Dieu.

- l'intercession de tous les pécheurs de l'Evangile, nos frères fortunés qui ont connu le Chemin, la Vérité et la Vie en personne.

Juste quelques convictions...

Seulement cela : même le plus grand des pécheurs est aimé de son Créateur miséricordieux, je l'ai expérimenté, je le sais c'est tout. Pas beaucoup plus à dire...


Une petite anecdote :

Un jour, alors que je sortais d'un cours de grec, à Pigalle (sic!), je suis allé boire un verre avec quelques autres élèves du cours parmi lesquels un dessinateur de dessins animés dont l'amie était grecque. Je lui ai dit que j'étais orthodoxe. Cette jeune femme était grecque, orthodoxe, et pleine de vie. Et elle m'a répondu avec un grand et beau sourire quelque chose du genre " Oh! De toute façon, nous Orthodoxes, nous savons que nous sommes sauvés !" A première vue on pourrait dire "Quelle vanité ! Quelle prétention ! Quel triomphalisme chez ces Orthodoxes !" Pas du tout ou alors Oui ! Cette jeune femme avait raison ! Oui, la vraie foi c'est celle-là, celle de cette jeune femme si vivante : je sais que je suis sauvé, je sais que je suis pécheur par pensée, par parole, par action jusqu'à ma mort, incurablement, mais je sais que l'Orthodoxie nourrit en moi la vraie foi, celle qui sauve, celle qui croit en l'Amour de Dieu pour le pécheur qui se repent.
Maxime le minime

jeudi 14 avril 2011

LEÇONS SUR LA PRIÈRE de notre saint Père Nil l'ascète [9] Le vain bavardage des soucis

"Tiens toi debout avec endurance, prie intensément, détourne-toi du bavardage de tes soucis et de tes réflexions ; car ils te tracassent et te troublent afin que ton attention se relâche."


(in Aux cîmes de l'intelligible éd.Axios)

dimanche 10 avril 2011

SEIGNEUR MISÉRICORDE ! traduction de KYRIE ELEISON ?



Dans un forum orthodoxe il y eut naguère un débat sur la traduction en français la plus juste et la plus judicieuse de la prière la plus courte de notre Eglise et que l'on répète le plus souvent parce qu'elle contient en un extraordinaire condensé toute notre relation à Dieu ; il en ressortait que l'expression la plus précise et en même temps la plus riche de sens était "Accorde ta grâce !" le mot grâce signifiant à la fois le don de Notre Père des Cieux de sa grâce qui pardonne à ses enfants pécheurs repentants et le don de notre généreux Créateur, son onction, sa bénédiction, qui divinise le chrétien appelé à retrouver la ressemblance à son image divine native.
Et c'est en effet au point de vue du sens bien plus satisfaisant que le simple "Aie pitié !" qui pour avoir ses vertus, n'en a pas moins eu fâcheusement tendance à restreindre l'image de Dieu à un Juge impitoyable voire sadique ou à un simple charitable bourgeois qui, sortant de son église, le dimanche matin, fait l'aumône convenue à la demande du "handicapé social"...

Mais voilà, autant cette formule est satisfaisante au point de vue théologique et même vient à bon droit dans la prière de Jésus "Seigneur Jésus Christ, [ Fils de Dieu], accorde-moi ta grâce !" se substituer à "aie pitié" autant il est difficile d'en faire une formule courte à réciter en Kyrielles rapides comme ses équivalents grec Κύριε έλέησον ou slavon  Господи помилуй, dans le chant ou la prière.
Il n'est donc pas étonnant pas que l'église latine ne l'ait guère traduit mais plutôt conservé tel quel aussi bien dans les textes liturgiques en latin qu'en langue locale sans le traduire même jusqu’à nos jours, il pourrait donc sembler qu'il ne faut définitivement pas traduire cette prière en français...

Pourtant à bien consulter différents dictionnaires, et particulièrement le Littré, on trouve à l'article miséricorde cette définition bien intéressante :

"miséricorde (latin misericordia), sf. Sentiment par lequel la misère d'autrui touche notre cœur. Au pl. Actes de miséricorde.◊ La grâce, le pardon accordé à ceux qu'on pourrait punir. Obtenir, faire miséricorde. Être, se remettre, s'abandonner à la miséricorde de quelqu'un, être, se remettre, s'abandonner à sa merci, à sa discrétion.◊ Sans miséricorde, sans faire grâce. ◊ La miséricorde de Dieu, bonté par laquelle Dieu fait grâce aux hommes, aux pécheurs. ◊ Miséricorde ! par exclamation marque une extrême surprise accompagnée d'une sorte de chagrin ou de regret. ◊ À l'aide, miséricorde ! Cri poussé quand on est battu, outragé, et qu'on demande du secours.  ◊ Crier miséricorde, crier en se plaignant des grandes douleurs qu'on souffre, ou d'une peine morale, d'une offense; et aussi éprouver une grande surprise etc. ◊ Petit poignard que les anciens chevaliers portaient de l'autre côté de l'épée et qui leur servait à tuer leur ennemi après l'avoir renversé, s'il ne criait pas miséricorde.◊ Support en forme de cul de lampe pratiqué dans une stalle d'église, au-dessous du siège et qui se relève avec lui. ◊ T. de marAncre de miséricorde, la maîtresse ancre, celle que l'on jette dans les dangers extrêmes. ◊ Prov. À tout péché miséricorde, il faut pardonner les fautes, quelque graves qu'elles puissent être."

Alors voilà, tout y est ! 
C'est réjouissant à deux points de vue : d'abord l'on peut constater que la langue française est pétrie de christianisme, n'en déplaise aux acharnés ennemis de notre culture et ensuite il semble que ceux qui ont choisi cette traduction - on la voit d'ailleurs quelquefois dans des versions françaises des textes liturgiques orthodoxes - ont trouvé la formule adéquate. C'est finalement assez facile à réciter rapidement, bien qu'il y ait beaucoup de r dans la formule, la prononciation du  [r] est malgré tout assez douce en français :

Seigneur miséricorde !

Seigneur miséricorde ! Seigneur miséricorde ! Seigneur miséricorde ! 
voir également l'article sur le Kyrie eleison